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Dacian Fall : l'état-major des armées réagit à mon article

  • Photo du rédacteur: Jean Dominique Merchet
    Jean Dominique Merchet
  • 23 oct. 2025
  • 4 min de lecture

«On a toujours dit qu’on passait d’un niveau bataillon à un niveau brigade»




Voici les commentaires (en italique) que l'EMA a tenu à m'apporter ainsi qu'aux lecteurs de ce blog:


«Votre article est certes équilibré en ce qu’il explique que la manœuvre est d’une grande complexité logistique, mais dès le titre vous nous faites dire ce qu’on n’a pas dit, s’agissant de DACIAN FALL : on fait une montée en puissance de niveau brigade et un bataillon est déjà sur place : on le complète».

Dès le titre, vous créez un biais. On ne joue pas sur les mots. Ça n’a rien d’un aveu discret. C’est clairement écrit noir sur blanc. On a toujours dit qu’on passait d’un niveau bataillon à un niveau brigade. On n’a aucun intérêt à ajouter une brigade à un bataillon. C’est un contresens en terme d’entrainement, d’organisation et de C2. Vous savez qu’on déploie le strict nécessaire. Et on est comptable des deniers publics.»


Sur les deniers publics et l'intérêt d'envoyer une entière brigade, je le concède bien volontiers, d'autant que j'ai écrit ceci : «Ne pas envoyer une brigade entière en Roumanie n'est pas, en soi, une mauvaise idée. C'est peut-être même un très justifié souci d'économies. Il n'est sans doute pas utile d'envoyer en Roumanie toutes les munitions nécessaires à une brigade bonne de guerre pour les rapatrier ensuite à grand frais. L'important est de les avoir à disposition et de savoir comment les convoyer rapidement au cas où.»


Je citais dans l'article une publication du 7 juin 2024 sur le site du ministère des Armées dans laquelle on pouvait lire ceci : «Les Alliés se sont engagés à pouvoir mettre en place dans chaque pays du flanc est une force capable de passer du niveau bataillon au niveau brigade sous court préavis. La France s’est fixé pour objectif de démontrer sa capacité à projeter et à opérer une brigade en Roumanie avant le printemps 2025».


«Vous ne prenez que la 2è partie de la phrase (et encore de manière inexacte parce que vous omettez des éléments tout en mettant des guillemets d’authenticité). Effectivement, lu partialement ainsi, ça va dans votre sens et confirme le biais que vous placez en titre de votre article. Cette 2è partie consiste à expliquer qu’il ne s’agit pas juste de projeter mais bien de la faire travailler (la phrase est « démontrer sa capacité à projeter et à opérer ») une brigade. Mais il s’agit bien de compléter un bataillon» 


J'ai en effet coupé la citation de l'article, tout en mettant un lien pour permettre aux lecteurs de juger sur pièce. La partie sur "démontrer sa capacité à opérer» me semblait inutile, tant il est évident que cette projection se réalisait dans le cadre d'un exercice de l'Otan - donc pour «opérer».


Concernant la manoeuvre logistique Brigade Expansion, j'écrivais également ceci : «Il s'agit surtout de valider des procédures et de pointer les difficultés». L'EMA me dit : «C’est bien davantage : certes réaliser une Manœuvre Log mais également entrainement tactique, manœuvre à tir réel sur de nombreux sites et ça en totale interopérabilité». C'est l'évidence même, mais ce n'était pas mon propos.


#Commentaire Pour résumer : la France envoie-t-elle actuellement une brigade en Roumanie ? La réponse est bien : non. Elle envoie actuellement un renforcement afin de compléter les moyens déjà sur place (un bataillon) afin de monter au niveau brigade. C'est exactement le sens de mon article.


Reste qu'une fois de plus, l'état-major des armées ne communique pas de chiffres précis sur le nombre de militaires et de matériels dépêchés en Roumanie. Nous aimerions également comprendre ce que signifie, dans notre armée française, le «niveau brigade» : 7000 militaires, comme l'effectif de la 7e brigade blindée ou environ 2400 militaires, comme l'effectif de la brigade multinationale Otan sous commandement français qui prend part à Dacian Fall ? Si la masse compte, les chiffres comptent également - y compris pour le «signalement stratégique» comme on dit désormais.


Concernant les chars Leclerc, une source me précise que «l'escadron à 13 Leclerc déjà présent a été renforcé par un autre escadron à 13, plus quelques spares. On est loin des 50 un temps annoncé». Comme je le rappelais sur la base d'un ancien article du blog mars-attaque, en 2002, la France avait dépêché 45 Leclerc pour un entrainement en Ukraine.


Plus généralement, une source résume le dilemme des «planificateurs» : «Pour Dacian Fall, fallait-il cramer le potentiel de l'ENU (échelon national d'urgence) dédié actuellement (en astreinte) pour partir à l'Est ? Ou fallait-il le laisser en l'état et aller puiser ailleurs sans mettre à mal la planification pour le grand exercice à venir Orion 2026 ? »

Un autre interlocuteur, proche du dossier, est plus direct : Nous n’avons pas les moyens»


#MonOpinion Alors que la Nation consent un effort sans précédent pour les Armées, il est légitime que les citoyens-contribuables sachent précisément à quoi sert cet argent. Y compris lors des grands exercices otaniens comme Dacian Fall.

Le projet de loi de finances 2026, dont l'examen a débuté au Parlement, prévoit un budget de 57,1 milliards d'euros, en hausse de 6,7 milliards (+13%) par rapport à 2025. A la marche de +3,2 milliards prévue par la Loi de programmation militaire, s'est en effet ajouté la surmarche de 3,5 milliards annoncée par le chef de l'Etat le 13 juillet dernier.

On peut écouter l'audition des ministres Catherine Vautrin et Alice Rufo, le 21 octobre, à la commission de la défense de l'Assemblée nationale en cliquant ici.







 
 
 

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