Drones : Renault pourrait produire un «Shahed» français
- Jean Dominique Merchet

- il y a 2 heures
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Associé à Turgis-Gaillard, le constructeur automobile mettrait en place, en France, une chaine de production de Chorus, un gros drone kamikaze.

Début février 2025, nous apprenions auprès d'Emmanuel Chiva, alors Délégué général pour l'armement (DGA), que le ministère des Armées souhaitait se tourner vers l’industrie civile pour fabriquer des armes, dès lors qu’il s’agit d’en « produire vite et en masse ». «L’industrie automobile a été sollicitée pour la production de « drones kamikazes » comparables à ceux utilisés en Ukraine. Il s’agirait de MTO (Munitions télé-opérées) à longue portée — plus de 100 kilomètres» écrivions nous alors dans l'Opinion. Selon la DGA, il s’agirait de pouvoir livrer « plusieurs milliers de drones MTO en quelques mois »
Un an plus tard, le 19 janvier 2026, l'Usine Nouvelle nous apprend que «Renault s’apprête à lancer la production d’une munition téléopérée à longue portée dans ses usines du Mans et de Cléon. Conçu avec l’ETI Turgis Gaillard, ce drone également pensé pour le renseignement pourrait ouvrir la voie à un marché d’environ un milliard d’euros sur 10 ans». Renault a confirmé à l'AFP avoir été «invité par le ministère des Armées à mettre son expertise au service du développement d'une filière française de drones». Renault n'entend toutefois pas devenir «un acteur majeur de la défense».
En juin dernier, le ministre des Armées Sébastien Lecornu évoquait «un partenariat complètement inédit où une grande entreprise produisant des voitures françaises» allait «s'allier avec une PME de défense française pour armer des lignes de production en Ukraine pour être capables de produire des drones».
Notez la nuance : il s'agissait alors de produire «en Ukraine». Selon l'Usine nouvelle, la production serait désormais prévue en France : Renault ne confirme pas, essentiellement par souci de «respecter le processus de consultation des instances représentatives du personnel».
Une chose est certaine : la production en série n'est pas lancée et l'on n'a toujours pas vu ne serait-ce qu'une esquisse ou une maquette de ce drone, baptisé Chorus, développé par l'entreprise Turgis-Gaillard. Turgis-Gaillard s'est fait connaitre avec son projet de drone Male Aarok, une alternative au Reaper américain. Deux vols d'essais ont eu lieu en 2025, mais aucune commande n'a été passée par le ministère des Armées.
A quoi pourrait ressembler Chorus ? Selon les rares informations disponibles, ce serait un gros engin, comparable, en plus gros, aux Shahed iraniens et au Geran russes (qui en est un développement). Il ne s'agit donc pas de mini-drones largement utilisés sur le champ de bataille.
On parle d'une longueur de 10 mètres pour une envergure de 8 mètres, d'une vitesse de 400 km/h, une portée de plus de 1000 km et d'un plafond de 5000 mètres. Il s'agit d'une munition téléopérée (drone kamikaze) mais il pourrait également être utilisé pour des missions de renseignement.
La production pourrait atteindre jusqu'à 600 unités par mois - soit 7200 par an. Son coût unitaire serait compris entre 20000 et 50000 euros.
La guerre d’Ukraine a été un révélateur pour les industriels français de la défense : ils ne savent pas produire vite et en masse. « « Il nous faut chercher ailleurs des savoir-faire industriels », expliqait le DGA l'an dernier. Ailleurs, c’est-à-dire dans le secteur civil, habitué à produire rapidement et en grande quantité. L'automobile au premier chef. Ce faisant, la DGA innove... en renouant avec une vieille pratique. Durant la Première Guerre mondiale, Michelin produisait ainsi des avions et Renault, des chars.


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