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Iran : le double danger du régime islamique

  • Photo du rédacteur: Jean Dominique Merchet
    Jean Dominique Merchet
  • il y a 2 jours
  • 3 min de lecture

Contre son peuple et ses voisins du Moyen-Orient , mais tout est question de priorité.



Entre fébrilité et rumeurs, l'incertitude est toujours de mise quant à l'Iran. Tentons de poser quelques fondamentaux, dans le brouillard des événements en cours.

La République islamique d'Iran représente un double danger : pour son propre peuple et pour le Moyen-Orient. Ce sont deux choses différentes et qui n'ont pas le même degré de priorité selon l'endroit du monde où l'on se trouve : en Iran, autour de l'Iran ou plus loin encore.

La crise actuelle a démarré le 28 décembre, par des manifestations d'abord causées par la dégradation de la situation économique et qui se sont transformées en une contestation politique du régime. Ce n'est pas, loin s'en faut, la première crise intérieure que traverse le pays, mais celle-ci est particulièrement grave parce qu'elle se conjugue avec une crise extérieure très sérieuse.

On peut citer les protestations étudiantes de 1999, la contestation du trucage des élections en 2009-2010, le mouvement social en 2017-2018, puis celui contre le prix de l'essence en 2019, le mouvement Femme, Vie, Liberté en 2022-2023. A chaque fois, le régime a franchi l'épreuve maniant la carotte (par des concessions) et la bâton - souvent très lourd. Jamais, pourtant, la contestation n'a été écrasée avec autant de brutalité que les 8 et 9 janvier dernier. On ignore le nombre exact de morts mais il se compte par milliers. «La répression fonctionne» constate l'historien britannique Niall Ferguson.

Le régime ne s'est donc pas écroulé, même s'il est rejeté par une nette majorité des Iraniens. Sa base sociale ne serait plus constitué que de 10 à 20% de la population, soit une quinzaine de millions d'Iraniens (sur plus de 90 millions). Ils ont à la fois l'argent et la force armée. Et ils ont peur de ce qu'il adviendrait d'eux si le régime est renversé. Autant dire qu'ils ne vont pas se laisser faire...

Même s'il est parcouru de sensibilités et d'intérêts divergents, le régime ne done pas de signes de fissures internes, qui pourrait conduire à des fractures puis à son effondrement. Il est possible que cela arrive un jour, mais ce n'est pas ce que nous observons. D'où l'espoir des Iraniens d'une aide extérieure - c'est-à-dire essentiellement américaine - pour les aider à l'abattre. Malgré ce qui a pu passer pour des promesses d'intervention, les Etats-Unis se sont, pour l'instant, abstenus de le faire.

Ils doivent en effet gérer l'autre danger de l'Iran, prioritaire à leurs yeux : la menace régionale sur les monarchies du Golfe et Israël. Bien qu'affaibli par les frappes israéliennes (avril et octobre 2024, juin 2025), l'Iran dispose encore de missiles balistiques relativement précis susceptibles de toucher ses voisins. Ceux-ci se savent menacés : le bouclier antimissile israélien - le plus efficace au monde - n'a sans doute pas été entièrement réapprovisionné en intercepteurs. De même, les monarchies du Golfe doivent pouvoir compter sur les défenses américaines, pas forcément suffisantes. Evidemment, personne ne donne des chiffres précis sur le nombre de systèmes opérationnels et de munitions. On constate simplement que les Israéliens et les monarchies du Golfe ont retenu la main des Américains... Ils devaient avoir de bonnes raisons pour le faire, alors qu'ils ne portent pas la République islamique dans leur coeur. Ajoutant que celle-ci possède toujours environ 400 kg d'uranium enrichi à usage militaire. Les Iraniens n'ont pas les moyens de fabriquer une arme nucléaire, mais ils pourraient armer leurs missiles d'ogives contenant des "bombes sales" qui disperseraient des matières hautement radioactives.

Pour les Occidentaux et les pays de la région, la priorité n'est pas de sauver les Iraniens de leur régime), mais d'éviter que celui-ci ne s'aventure dans une guerre régionale catastrophique. Très affaiblie par la contestation interne et l'issue de la guerre contre Israël dans lequel elle a perdu une grande part de ses "proxys" (Hamas, Hezbollah, régime de Bachar en Syrie...), la République islamique peut encore faire très mal. Comme un animal blessé qui ne veut pas mourir.




 
 
 

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