Affaire Maduro : quand la France de Mitterrand utilisait son droit de veto pour ne pas condamner les Etats-Unis...
- Jean Dominique Merchet

- il y a 5 jours
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C'était en 1989, lorsque l'armée américaine est allé arrêter Manuel Noriega au Panama

L'épisode est oublié et c'est diplomate Luis Vassy, désormais directeur de SciencesPo, qui l'a rappelé hier sur son compte X. La dernière fois que la France a utilisé son droit de veto au Conseil de sécurité des Nations Unies, c'était pour empêcher l'adoption d'une résolution condamnant l'opération américaine Just Cause. Il s'agissait alors d'arrêter le président du Panama Manuel Noriega, accusé de trafic de drogue. Une action comparable à celle décidée par Donald Trump contre Nicolas Maduro. Ce rappel intervient alors que la position exprimée par Emmanuel Macron, jugée trop complaisante avec Washnigton, est unanimement critiquée par la gauche française.
Le 23 décembre 1989, la France, aux côtés des Etats-Unis et du Royaume-Uni opposait ainsi son veto pour faire barrage à une résolution soutenue par les pays non-alignés. «Une abstention aurait été possible, le veto américain suffisant à faire échec au texte» note Luis Vassy. Le représentant permanent de la France aux Nations Unies, Pierre-Louis Blanc, rappelait d'abord que «le recours à la force était regrettable», avant d'insister sur le fait que «la France ne peut que s'opposer au projet de résolution qui est par trop déséquilibré et pourrait être interprété comme marquant un soutien implicite à un régime dont les autorités françaises ont souligné le caractère illégitime». Il s'agissait donc, diplomatiquement parlant, d'un refus de condamner l'opération américaine. François Mitterrand était alors à l'Elysée et son ministre des affaires étrangères était Roland Dumas.
Comme je l'écris dans l'Express (avec lequel j'entame une nouvelle collaboration) : Déclenchée le 20 décembre 1989, l’opération « Just Cause » visait à arrêter ce dirigeant, accusé (déjà !) de narcotrafic. Mais l’armée américaine d’alors n’était pas aussi affutée que celle d’aujourd’hui : il y eut plusieurs centaines de morts et Noriega parvint, depuis chez sa maîtresse, à se réfugier à la nonciature apostolique. Il y resta assiégé plusieurs jours, l’armée américaine utilisant alors une arme psychologique (psy-ops) en diffusant non-stop et à plein volume de la musique rock ! Surnommé « face d’ananas » à cause de son visage grêlé, Noriega se rendit finalement le 3 janvier 1980 – 36 ans jour pour jour avant l’arrestation de Maduro. Il terminera sa vie, en 2017, dans les prisons américaines, françaises puis panaméennes.
Après avoir purgé sa peine de prison aux Etats-Unis, Manuel Noriega avait, en effet, été extradé vers la France où il était condamné, par contumace, pour blanchiment d'argent issus du trafic de drogue. Il a été détenu à la prison de la Santé d'avril 2010 à décembre 2011, avant dêtre renvoyé au Panama.
La France est présente dans la zone et lutte contre le narco-trafic
Pour en revenir à l'actualité, la France est directement concerné par le narco-trafic en provenance d'Amérique du Sud, du fait de sa présence en Guyane, en Guadeloupe et en Martinique, des collectivités d'outre-mer très impactées. La France collabore d'ailleurs très activement avec les Etats-Unis dans cette région, via la Joint Interagency Task Force South (JIATF-South), à Key West (Floride).



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